Spiritualité Année de l'Eucharistie

L'anné allant d'octobre 2004 à octobre 2005 ayant été déclarée "Année de l'Eucharisie" par le Pape Jean-Paul II (cf. Lettre Apostolique "Mane nobiscum Domine" du 7 octobre 2004), nous vous proposons régulièrement un texte consacré à ce Mystère dont l'Eglise vit chaque jour.

Août-Septembre 2005 Message de S. S. Jean-Paul II
Juin-Juillet 2005 Présentation de l'encyclique Mysterium Fidei
Avril-Mai 2005 La meilleure participation à la Messe
Février-Mars 2005 Lauda Sion de Saint Thomas d'Aquin
Décembre 2004-Janvier 2005

… et Jésus se rend présent

Octobre-Novembre 2004

Extrait de l'Encyclique Ecclesia de Eucharistia

Août-Septembre 2005 : Message de S. S. Jean-Paul II (21 septembre 2001)

Extrait du "Message" de Sa Sainteté Jean-Paul II à l’Assemblée Plénière de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements.
(21 septembre 2001)

2. La Sainte liturgie, que la Constitution Sacrosanctum Concilium qualifie de sommet de la vie ecclésiale, ne peut jamais être réduite à une simple réalité esthétique, ni être considérée comme un outil aux finalités purement pédagogiques ou œcuméniques. La célébration des saints mystères est avant tout un acte de louange à la souveraine majesté de Dieu, Un et Trine, et c’est une expression voulue par Dieu Lui-même. Avec elle l’homme, de façon personnelle ou communautaire, se présente devant Lui pour lui rendre grâce, conscient que son être ne peut trouver sa plénitude sans Le louer et sans accomplir Sa volonté, dans la recherche constante du Règne qui est déjà présent, mais qui arrivera définitivement au jour de la Parousie du Seigneur Jésus. La liturgie et la vie sont des réalités indissociables. Une liturgie qui ne se refléterait pas dans la vie deviendrait vide, et ne serait certainement pas agréée par Dieu.

3. La célébration liturgique est un acte de la vertu de religion qui, de façon cohérente avec sa nature, doit se caractériser par un sens profond du sacré. En elle l’homme et la communauté doivent être conscients de se trouver d’une façon particulière devant Celui qui est trois fois saint et transcendant. Par conséquent, l’attitude requise ne peut qu’être pénétrée de respect, de ce sens de stupeur qui provient du fait de se savoir en présence de la majesté de Dieu. Peut-être était-ce ce que Dieu voulait exprimer, en commandant à Moïse d’enlever ses sandales devant le buisson ardent ? L’attitude de Moïse et d’Élie ne naissait-elle pas de cette conscience, quand ils n’osèrent pas regarder Dieu facie ad faciem ?

Le Peuple de Dieu a besoin de voir dans les prêtres et les diacres un comportement plein de révérence et de dignité, capable de l’aider à pénétrer les choses invisibles, même avec peu de paroles et d’explications. Dans le Missel Romain, dit de Saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, on trouve de très belles prières avec lesquelles le prêtre exprime le plus profond sens d’humilité et de révérence face aux saints mystères: celles-ci révèlent la substance même de toute liturgie.

La célébration liturgique présidée par le prêtre est une assemblée priante, rassemblée dans la foi et attentive à la Parole de Dieu. Son premier but est de présenter à la divine Majesté le Sacrifice vivant, pur et saint, offert sur le Calvaire une fois pour toutes par le Seigneur Jésus, qui se rend présent chaque fois que l’Église célèbre la Sainte Messe pour exprimer le culte dû à Dieu en esprit et en vérité.

Juin-Juillet 2005 : Présentation de l'encyclique Mysterium Fidei de S.S. Paul VI

La doctrine et le culte de la Sainte Eucharistie
3 Septembre 1965

         Cette importante encyclique du pape Paul VI a été écrite en raison de l’inquiétude causée par la diffusion de théories hétérodoxes concernant le mystère de la Sainte Eucharistie. Le pape évoque ainsi "certaines opinions qui troublent l’esprit des fidèles" au sujet "des messes privées, du dogme de la transsubstantiation et du culte eucharistique" (8) (Les numéros renvoient aux pages de l'édition Téqui). Le but de l’encyclique est de faire une mise au point rappelant la doctrine de l’Eglise sur ces questions. De nombreux éléments de doctrine sont évoqués, et le pape insiste parmi ceux-ci sur ceux qui sont les plus attaqués.

         On trouve ainsi dès le début de l’encyclique une synthèse sur la nature même du mystère, empruntée au Concile de Trente, dont le concile de Vatican II a tenu a rappelé la doctrine : "Notre Sauveur, à la dernière Cène où il fut livré, a institué le Sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang, afin de perpétuer ainsi le Sacrifice de la Croix à travers les siècles jusqu´à sa venue, laissant de la sorte à l´Eglise, son Epouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection ; sacrement de piété, signe d´unité, lien de charité, banquet pascal, où on reçoit le Christ, où l´âme est comblée de grâce et par quoi est accordé le gage de la gloire à venir." (5) Cette citation rappelle donc d’abord que la messe perpétue et applique le sacrifice de la Croix : ainsi ce sacrifice "est sans cesse rendu présent à notre souvenir et sa vertu salutaire y est appliquée à la rémission des péchés qui se commettent chaque jour" (18, cf 25-26). Cela se réalise par une immolation non sanglante (26). En dépend donc le salut du genre humain (26), le salut personnel et celui du monde entier (4, cf 24). Cela s’applique aux vivants, mais aussi aux morts, comme l’enseignaient déjà les Pères de l’Eglise (21-22, 25).

          Au Sacrifice de la Messe est lié le Sacrement de l´Eucharistie : "Sacrifice et sacrement s´intègrent ensemble dans le même mystère en sorte qu´on ne peut séparer l´un de l´autre" (26). Ce sacrement est "perfection de la vie spirituelle et fin de tous les autres sacrements", comme le rappelle le Pape en citant St Thomas (30).

          Quels en sont les fruits ? Le sacrement donne par la communion une nourriture spirituelle à l'âme des fidèles (4,26,38). Il fortifie et réjouit (38,39,48,54); vivifie (45,47,54) ; purifie (4,48). Il donne la grâce (6) et anticipe le don de la vie éternelle (6,54). Il faut donc avoir un coeur pur et saint pour communier (48).

         Du point de vue ecclésial, le sacrement réalise l'unité du corps mystique, manifestée par la communion, qui crée un lien étroit de charité : le Christ en a fait, selon l´expression du concile de Trente, "un symbole de ce Corps unique dont Il est la Tête" (31-32). Cela est attesté abondamment par le témoignage de l´Antiquité chrétienne et des Pères de l´Eglise (33). L´Eucharistie est donc le coeur et le centre de l´Eglise (4), "signe et cause de l´unité du Corps mystique" (51), et elle constitue en elle-même un vibrant appel à l´unité des chrétiens (52-56).

          Le Pape revient avec insistance sur ce lien avec le mystère de l’Eglise : "celle-ci, jouant en union avec le Christ le rôle de prêtre et de victime, est tout entière à offrir le Sacrifice de la Messe et elle y est offerte tout entière" (22-23). La Messe est ainsi le centre spirituel de l’Eglise (51). Il en découle que toute messe a un caractère public et social : "la Messe, même si elle est célébrée en particulier par un prêtre, n´est jamais pour autant une démarche privée mais elle est action du Christ et de l´Eglise" (24). Il ne faut donc pas déprécier la messe privée : "Il n´y a pas à blâmer mais au contraire à approuver la célébration de la Messe en privé" (24), et "il n´est pas permis de prôner la messe appelée "communautaire" de telle sorte qu´on déprécie la messe privée" (8). Dans tous les cas, c´est bien toute l’Eglise qui offre le Sacrifice, "sans détriment de la juste différence de nature, et non seulement de degré qui distingue le sacerdoce des fidèles du sacerdoce hiérarchique" (23).

          Enfin le Pape développe longuement les questions de la transsubstantiation et de la présence réelle, sur lesquelles il s´inquiète de voir se répandre des conceptions erronées. Il s´attache donc à rappeler avec fermeté que l´Eglise est attachée au terme même de la transsubstantiation : il ne s´agit pas seulement d´une transsignification ou d´une transfinalisation. Il s´opère une "conversion de toute la substance du pain au corps du Christ et de toute la substance du vin au sang du Christ ; conversion singulière et merveilleuse, que l´Eglise catholique dénomme en toute justesse et propriété de terme transsubstantiation" (35-36, cf 9). L’Eglise a fixé une règle de langage, immuable, qui "doit être religieusement respectée" (16). Le mot employé par l´Eglise est particulièrement adéquat, et appartient à ces formules "intelligibles pour les hommes de tous les temps et de tous les lieux" (17).

         Pour appuyer son propos le Pape cite les témoignages des Pères de l´Eglise et les Conciles, de façon à montrer la constance et l´unanimité de la Tradition dans l´affirmation de ce point de doctrine (39-42).

     Cette conversion miraculeuse entraîne la présence réelle du Sauveur. Cette présence n´est pas seulement symbolique, mais elle est à la fois sacramentelle : "par l´effet des paroles de la consécration il commence d´être sacramentellement présent comme nourriture spirituelle des fidèles sous les espèces du pain et du vin" (26) ; et réelle et substantielle : "cette présence, on la nomme "réelle", non à titre exclusif, comme si les autres présences n´étaient pas "réelles", mais par excellence ou "antonomase", parce qu´elle est substantielle, et que par elle le Christ, Homme-Dieu, se rend présent tout entier" (30). Ainsi le Christ est-il "présent vraiment, réellement et substantiellement sous l´apparence de ces réalités sensibles", comme le rappelle Paul VI en citant le Concile de Trente (34-35). Il précise encore que "le Christ tout entier est présent en sa réalité physique, et même corporelle, bien que selon un mode de présence différent de celui selon lequel les corps occupent tel ou tel endroit" (37). Il ne faut donc plus se fier aux sens, "mais aux paroles du Christ, qui ont le pouvoir de changer, transformer, de "convertir jusqu´aux éléments" le pain et le vin, au corps et au sang du Seigneur" (37). Dès lors chaque parcelle doit être entourée "de précautions et d´un respect extrême" (44). Le Pape souligne aussi que cette présence ne se réalise pas seulement par la foi de l’Eglise, "mais par le fait de la réalité objective elle-même" (36).

         Cette réalité objective entraîne que la présence réelle demeure dans les saintes espèces même après la messe (9,49). On leur doit donc toujours l’adoration : il faut rendre "ce culte d´adoration au Sacrement de l´Eucharistie non seulement durant la Messe mais aussi en dehors de sa célébration" (43). De ce culte la tradition chrétienne est riche en témoignages (43-45). Il ne faut pas cesser de le promouvoir : "Veuillez promouvoir, sans épargner paroles et efforts, le culte eucharistique, vers lequel en définitive doivent converger toutes les autres formes de piété" (47). On aura donc à coeur de visiter et d´honorer le Saint Sacrement (49).

     Il semble donc que le Pape insiste particulièrement sur le dogme de la présence réelle et de la transsubstantiation, et sur le lien de l´Eucharistie avec le mystère de l’Eglise, et surtout son unité. Cela s´inscrit dans un rappel détaillé des nombreux points de doctrine liés à une approche correcte de ce sacrement. Ceci n´empêche pas le Pape de redire que l’Eucharistie est, et demeure, un mystère de foi, comme le souligne le titre de l´encyclique, ainsi que les paroles de l´hymne de saint Thomas : "A ton sujet la vue, le toucher, le goût se trompent ; c´est par la voie de la seule ouïe qu´on croit en toute sécurité" (13). C´est pourquoi Paul VI affirme que "l´Eucharistie est un mystère très élevé et même proprement, comme le dit la Liturgie, le mystère de foi" (11).

Avril-Mai 2005 : La meilleure participation à la Messe

Il faut chercher à correspondre aux effets de la Messe, pour en profiter. Il faut donc distinguer les quatre fins du Sacrifice de la Croix (donc de la Messe) : adoration, action de grâces, réparation et demande : ainsi on peut entrer dans les intentions du Christ.

* Le Sacrifice de la Messe est un sacrifice LATREUTIQUE : le Christ se sacrifie pour la gloire de Dieu. C’est le théocentrisme de la Messe : Dieu premier servi. Le premier sentiment du Christ sur la Croix, la disposition fondamentale de son âme, c’est l’adoration et l’amour filial envers l’infinie majesté de son Père. Or quel est l’acte principal de l’adoration, du culte ? C’est le sacrifice.
- offrons donc nos sacrifices, nos peines, nos souffrances en union avec les sentiments du Christ dans son sacrifice. Rappel : nous communions au Christ, mais au Christ dans son sacrifice. Participons au sacrifice du Christ.
- conséquences liturgiques : pour exprimer l’adoration, la liturgie doit multiplier les gestes d’inclination du corps, d’agenouillement, de purification...

* Le Sacrifice de la Messe est un sacrifice EUCHARISTIQUE : l’adoration reconnaît la grandeur de Dieu, l’action de grâces célèbre sa bonté infinie. Notre gratitude est un droit de Dieu. Avec la liturgie elle se saisit de tout l’univers pour se donner une voix et chanter les bienfaits de Dieu. C’est un aspect fondamental de la Messe, au point qu’on appelle aussi la Messe eucharistie ou sacrifice eucharistique. Sachons donc aussi exprimer notre reconnaissance à Dieu pendant la Messe, pour les bontés qu’Il nous prodigue, celles que nous connaissons et celles que nous ne soupçonnons pas. « Cet admirable Sacrifice fut institué afin que nous puissions n’être pas ingrats envers Dieu » (St Irénée).

* Le Sacrifice de la Messe est un sacrifice PROPITIATOIRE : voilà un mot peu familier aux oreilles modernes. La Messe nous sauve, la Messe comble la justice divine, elle nous rend Dieu propice. Le Sacrifice du Christ est expiatoire : la Messe réalise la rémission de nos péchés, selon les dispositions de notre cœur, où Notre Seigneur doit trouver l’humilité et la contrition.

* Le Sacrifice de la Messe est un sacrifice IMPETRATOIRE : c’est l’occasion de confier au Christ nos souhaits, nos demandes. Unies au Sang du Christ, nos demandes trouvent en Notre Seigneur le meilleur avocat, le plus puissant intercesseur. Chaque messe nous permet de solliciter de Dieu une grâce, avec confiance et abandon. Notre Seigneur nous l’assure, et sa parole est vérité : « tout ce que vous demanderez à Dieu en mon nom, Il vous l’accordera ». Le Père pourrait-il refuser quelque chose à Son Fils l’implorant sur la Croix ?

            On remarquera que les deux premières fins concernent Dieu, tandis que les deux dernières nous concernent plus directement. Dans notre prière à la Messe, il faut que nous fassions nôtres ces quatre fins. C’est la meilleure forme de participation : s’unir au prêtre, instrument du Christ offrant à son Père son Sacrifice à ces quatre fins. D’où la prière suivante :

Mon Dieu je vous adore et je vous aime.
Je vous remercie pour tous les biens dont vous m’avez comblé.
Je vous demande pardon pour toutes les offenses qui ont blessé votre Cœur très aimant.
Je vous supplie de faire de moi, pour votre gloire, le saint que vous avez mérité que je sois.

           Voici donc les quatre fins du Sacrifice, les raisons pour lesquelles l’Eglise nous invite à participer à la Messe. Quels en sont les fruits ? La Messe ne remet pas les péchés directement mais elle favorise la contrition et la conversion. D’une manière partielle mais immédiate elle remet la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés. Par ailleurs nos demandes sont exaucées si elles sont justes et que nous les formulons avec un cœur bien disposé.

            Tout ceci concerne notre assistance à la Messe, même sans communion sacramentelle. La communion sacramentelle n’est pas indispensable, mais elle est très souhaitable. Elle parfait notre participation, avec ses fruits particuliers qui sont d’abord de nous unir au Christ, qui nous transforme de l’intérieur, nous configure à Lui, nous sanctifie, nous fortifie, nous guérit, nous réjouit, nous unit à toute l’Eglise.

             Méditons cette phrase du Cardinal Journet : « C’est une chose douce et redoutable de penser que Jésus nous convie chaque jour à racheter le monde avec Lui ».

Février-Mars 2005 : Lauda Sion de Saint Thomas d'Aquin

Láuda Síon Salvatórem,
Láuda dúcem et pastórem,
In hýmnis et cánticis.

Loue, Sion, ton Sauveur,
Loue ton chef et ton pasteur
Par des hymnes et des cantiques.

Quantum pótes, tantum áude:
Quia májor ómni láude,
Nec laudáre súfficis.

Ose de tout ton pouvoir,
Car il est plus grand que toute louange
Et à le louer tu ne suffis pas.

Láudis théma speciális,
Pánis vívus et vitális
Hódie propónitur.

Un thème de louange spéciale,
Le pain vivant et vivifiant,
Aujourd'hui nous est proposé.

Quem in sácræ ménsa coénæ
Túrbæ frátrum duodénæ
Dátum non ambígitur.

Lors du repas de la sainte Cène,
Aux Douze ses frères
Il fut donné, nous n'en doutons pas.

Sit laus pléna, sít sonóra,
Sit jucúnda, sit decóra
Méntis jubilátio.

Que la louange soit pleine, qu'elle soit sonore ;
Qu'elle soit joyeuse, qu'elle soit parfaite,
La jubilation de l'esprit.

Díes enim solémnis ágitur,
In qua ménsæ príma recólitur
Hújus institútio.

Car nous vivons ce jour solennel
Qui de cette table entend célébrer
L'institution première.

In hac ménsa nóvi Régis,
Nóvum Páscha nóvæ légis,
Pháse vétus términat.

A cette table du nouveau Roi,
La nouvelle pâque de la nouvelle loi
Met un terme à la phase ancienne.

Vetustátem nóvitas,
Umbram fúgat véritas,
Nóctem lux elíminat.

La nouveauté chasse la vieillerie,
La vérité l'ombre,
La lumière dissipe la nuit.

Quod in coéna Chrístus géssit,
Faciéndum hoc expréssit
In súi memóriam.

Ce que fit le Christ à la Cène,
Il nous ordonna de le faire
en mémoire de lui.

Dócti sácris institútis,
Pánem, vínum, in salútis
Consecrámus hóstiam.

Instruits par ses saints préceptes,
Nous consacrons le pain et le vin
En hostie salutaire.

Dógma dátur christiánis,
Quod in cárnem tránsit pánis,
Et vínum in sánguinem.

Ce dogme est donné aux chrétiens
Que le pain se change en chair,
Et le vin en sang.

Quod non cápis, quod non vídes,
Animósa fírmat fídes,
Praeter rérum órdinem.

Ce que tu ne comprends ni ne vois,
Une ferme foi te l'assure,
Hors de l'ordre naturel.

Sub divérsis speciébus,
Sígnis tantum, et non rébus,
Látent res exímiæ.

Sous diverses espèces,
Signes seulement et non réalités,
Des choses sublimes se cachent.

Cáro cíbus, sánguis pótus:
Mánet tamen Chrístus tótus,
Sub utráque spécie.

La chair est une nourriture, le sang un breuvage,
Pourtant le Christ total demeure
Sous l'une et l'autre espèce.

A suménte non concísus,
Non confráctus, non divísus:
Integer accípitur.

On le prend sans le déchirer,
Le briser, ni le diviser,
Il est reçu intègre.

Súmit únus, súmunt mille:
Quantum ísti, tantum ílle:
Nec súmptus consúmitur.

Un seul le prend, mille le prennent :
Autant celui-ci, autant ceux-là
Le reçoivent sans le consumer.

Súmunt bóni, súmunt máli:
Sórte tamen inæquáli,
Vítæ vel intéritus.

Les bons le prennent, les méchants le prennent,
Mais d'un sort inégal,
Ici de vie, là de ruine.

Mors est mális, víta bónis:
Víde páris sumptiónis
Quam sit díspar éxitus.

Il est mort aux méchants, vie aux bons,
Vois d'une même manducation
Combien l'effet est dissemblable !

Frácto demum sacraménto,
Ne vacílles, sed meménto
Tantum ésse sub fragménto,
Quantum tóto tégitur.

Le sacrement enfin rompu,
Ne vacille pas, mais souviens-toi
Qu'il est sous chaque fragment
Comme sous le tout il se cache.

Núlla réi fit scissúra:
Sígni tantum fit fractúra,
Qua nec státus, nec statúra
Signáti minúitur.

Nulle division n'est réelle,
Le signe seulement se fractionne,
Et par là, de ce qui est signifié
Ni l'état ni la stature n'est amoindri.

ECCE PÁNIS ANGELÓRUM,
Fáctus cíbus viatórum
Vere pánis filiórum,
Non mitténdus cánibus.

Voici le pain des anges
Fait aliment des voyageurs,
Vrai pain des enfants
A ne pas jeter aux chiens.

In figúris præsignátur,
Cum Isáac immolátur,
Agnus Páschæ deputátur,
Dátur mánna pátribus.

D'avance il est désigné en figures,
Lorsque Isaac est immolé,
L'agneau pascal sacrifié,
La manne, donnée à nos pères.

Bóne pástor, pánis vére,
Jésu, nóstri miserére:
Tu nos pásce, nos tuére,
Tu nos bóna fac vidére
In térra vivéntium.

Bon Pasteur, vrai pain,
Jésus, ayez pitié de nous ;
Nourrissez-nous, défendez-nous,
Faites-nous voir nos biens
Dans la terre des vivants.

Tu qui cúncta scis et váles,
Qui nos páscis hic mortáles:
Túos ibi commensáles,
Coherédes et sodáles
Fac sanctórum cívium.

Vous qui savez et pouvez tout,
Qui nous nourrissez ici-bas mortels,
Rendez-nous là-haut les commensaux,
Les cohéritiers et les compagnons
De la cité des saints.

Amen.

Ainsi soit-il.

Décembre 2004-Janvier 2005 : … et Jésus se rend présent

Sans l’Eucharistie, le christianisme serait une idéologie. Or, par l’Eucharistie, le Christ demeure en personne sur terre. Nous vivons dans son Eglise non pour conserver ses idées & sa mémoire, mais pour qu’Il reçoive dès maintenant & réellement nos louanges & les honneurs qui Lui sont dus. Ils sont les témoignages de l’amour des simples créatures que nous sommes pour le Roi des rois qu’Il est. Par l’Eucharistie son Incarnation se prolonge depuis la crèche de Bethléem jusqu’à nous.

L’Eglise, formée des baptisés, Lui rend ses hommages par sa liturgie. Et en Europe s’est développé, depuis les apôtres, un agir liturgique que nous nommons rit traditionnel. Il est pour les catholiques latins occidentaux la forme la plus achevée de ce réalisme à l’égard de la Présence-Réelle de l’Eucharistie. Expliquons.

C’est parce qu’une hostie consacrée est substantiellement Dieu, que nous ne pouvons plus tout dire, tout faire et tout voir. Dieu est là, et rien ne peut Lui être préféré. Ainsi, et pour ne prendre qu’un exemple, dès que le prêtre a prononcé les paroles de la consécration sur l’hostie et sur le vin du calice, de nombreuses génuflexions & signations vont survenir. Ces gestes traduisent le réalisme en la Présence de Dieu.

La Messe traditionnelle exprime nettement la vérité de l’être-même, de ce que sont l’hostie et le vin consacrés.  

CROIRE  première étape du bonheur
« Le bonheur consiste avant tout dans l’opération de la contemplation » écrivait Saint Thomas d’Aquin en 1269 en commentant un ouvrage d’Aristote (Commentaire de l’éthique à Nicomaque).

Mais avant de trouver le bonheur dans la vérité que nous contemplons, il faut que cette vérité soit intelligible ! Et parce que l’Eucharistie place la raison devant un mystère, il faut que sa vérité soit crue avant d’être comprise. L’acte de foi est la porte d’accès à ce mystère.

Il faut d’abord croire ; croire que Dieu est là, présent en toute Sa substance divine, sous les apparences de pain. Quel abaissement dans l’ordre de la création, et quel incompréhension dans l’ordre de la raison !

La foi prime sur la raison et ne la supprime pas pour autant. Bien au contraire. Sans la foi, la raison n’aurait jamais pu toute seule trouver cette vérité humainement inexplicable: Dieu existe sous les apparences du pain qu’est l’hostie consacrée par le prêtre.

COMPRENDRE que l’Eucharistie est une personne
« Si quis vult post me venire, abneget semetispsum & tollat crucem suam & sequatur me. »
« celui qui veut venir à ma suite, qu’il renonce à soi-même, qu’il prenne sa croix & qu’il me suive. »
(St Matthieu, chapitre 16, verset 24).

Avant de faire goûter la vérité à la raison, il faut que cette dernière l’accepte par l’acte de foi. Voilà sa croix qui la mènera au Christ si elle veut bien se laisser conduire. Le bienheureux Pierre-Julien Eymard, fondateur au XIXème siècle de la Congrégation du Saint Sacrement, affirme que :

« La foi au Très Saint Sacrement est l’acte de foi le plus glorieux pour Jésus-Christ ; le plus méritoire pour le chrétien et le plus consolant pour son cœur. »

Maintenant que nous croyons que la substance de Dieu a les apparences du pain (couleur, goût, friabilité), il faut rester logique & réaliste. Nous sommes devant une Personne ! Dieu se présente devant nous. Sa présence est réelle bien que nos sens soient défectueux & que la raison menace de se révolter. Le cœur du mystère est ici : les apparences du pain demeurent alors que Dieu y est en personne. Dieu est Eucharistie.

CONTEMPLER  et faire triompher la vérité
« Non tu me mutabis in te, sed tu mutaberis in me »
« Tu ne me changeras pas en toi, mais tu seras changé en moi » dit avec justesse saint Augustin.

Que nous communiions ou contemplions, la vérité de l’Eucharistie donne un éclat souverain à nos âmes. Elles entrent silencieusement en contact avec Dieu. Notre être – âme & corps – est le réceptacle de Dieu. Nous sommes divinisés.

Cette suprême expérience mystique est accessible à n’importe quel baptisé. La Bienheureuse Elisabeth de la Trinité la décrit clairement dans une prière qu’elle a composée après une retraite de huit jours passée dans son carmel de Dijon fin 1904, il y a cent ans :

« (…) aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité (…) faites-en votre ciel (…) je vous demande de me « revêtir de vous-même » (…) afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre vie. (…) « survenez en moi », afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère.»

Ces instants passés dans l’intimité de l’Eucharistie sont autant de contacts de notre propre substance avec la substance de Dieu.

SE CONFORMER  à Jésus-Hostie
Alors que nous sommes distraits de Dieu, que notre vie n’a parfois d’autre sens que celui des angoisses qui nous assomment ; voici venir pour nous le temps d’entrer dans une église, en face de Dieu Lui-même. Et mieux encore : par le sacrement de la communion ou par la contemplation, Dieu vient résider en nos âmes dès que nous Lui ouvrons les portes de nos intelligences par l’acte de foi. Dieu se repose alors en nous, et nous en Lui. Nous « [offrons nos] personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que [nous avons] à rendre » (épître de saint Paul aux Romains, chapitre 12, verset 1er)

Notre manière d’être change, et nous portons un regard nouveau sur nous-mêmes & sur les autres. La grâce s’infuse en nos âmes. Dieu règne en notre être. Nous agissons grâcieusement. Nous sommes des saints. Notre regard purifié et simplifié nous montre tout sous la dimension de l’éternité. Notre vie prend sa véritable valeur. La souffrance, les efforts ne sont compréhensibles & supportables que parce qu’ils montrent à Dieu que rien ne nous séparera de Lui.

CONCLURE  que la vie s’apprend devant le Tabernacle
En contemplant l’Eucharistie, nous sommes à la source de la vie. Dieu qui est l’existence suprême s’unit à nous, ses créatures. L’Eucharistie que nous consommons ou contemplons est le support visible par lequel Dieu se communique et demeure en nous. Devant Lui, nous percevons le but de notre existence, la raison de notre vie : être avec Dieu, et Dieu avec nous.

L’école de la mystique est ouverte à tous. Les meilleurs élèves reçoivent les palmes du martyre ou les saintes auréoles de la gloire éternelle. Cette école forme des saints, et elle est encore à deux pas de chez-nous : c’est l’église. Son maître s’y trouve présent dans le Tabernacle. Avec Lui, nous apprenons à L’aimer & à aimer notre prochain, mais à aimer jusqu’à tout donner : notre temps, nos efforts et même notre vie.

Octobre-Novembre 2004 : Extrait de l'Encyclique Ecclesia de Eucharistia

L'Eucharistie est un sacrifice
13. En vertu de son rapport étroit avec le sacrifice du Golgotha, l'Eucharistie est un sacrifice au sens propre, et non seulement au sens générique, comme s'il s'agissait d'une simple offrande que le Christ fait de lui-même en nourriture spirituelle pour les fidèles. En effet, le don de son amour et de son obéissance jusqu'au terme de sa vie (cf. Jn 10, 17-18) est en premier lieu un don à son Père. C'est assurément un don en notre faveur, et même en faveur de toute l'humanité (cf. Mt 26, 28; Mc 14, 24; Lc 22, 20; Jn 10, 15), mais c'est avant tout un don au Père: « Sacrifice que le Père a accepté, échangeant le don total de son Fils, qui s'est fait “obéissant jusqu'à la mort” (Ph 2, 8), avec son propre don paternel, c'est-à-dire avec le don de la vie nouvelle et immortelle dans la résurrection ».
En donnant son sacrifice à l'Église, le Christ a voulu également faire sien le sacrifice spirituel de l'Église, appelée à s'offrir aussi elle-même en même temps que le sacrifice du Christ. Tel est l'enseignement du Concile Vatican II concernant tous les fidèles: « Participant au Sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine, et s'offrent eux-mêmes avec elle ».

Dans la communion, nous recevons le corps et le sang du Seigneur
16. L'efficacité salvifique du sacrifice se réalise en plénitude dans la communion, quand nous recevons le corps et le sang du Seigneur. Le Sacrifice eucharistique tend en soi à notre union intime, à nous fidèles, avec le Christ à travers la communion: nous le recevons lui-même, Lui qui s'est offert pour nous, nous recevons son corps, qu'il a livré pour nous sur la Croix, son sang, qu'il a « répandu pour la multitude, en rémission des péchés » (Mt 26, 28). Rappelons-nous ses paroles: « De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi » (Jn 6, 57). C'est Jésus lui-même qui nous rassure: une telle union, qu'il compare par analogie à celle de la vie trinitaire, se réalise vraiment. L'Eucharistie est un vrai banquet, dans lequel le Christ s'offre en nourriture. Quand Jésus parle pour la première fois de cette nourriture, ses auditeurs restent stupéfaits et désorientés, obligeant le Maître à souligner la vérité objective de ses paroles: « Amen, amen, je vous le dis: si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous » (Jn 6, 53). Il ne s'agit pas d'un aliment au sens métaphorique: « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 55).

Marie et l'Eucharistie
56. Durant toute sa vie au côté du Christ et non seulement au Calvaire, Marie a fait sienne la dimension sacrificielle de l'Eucharistie. Quand elle porta l'enfant Jésus au temple de Jérusalem « pour le présenter au Seigneur » (Lc 2, 22), elle entendit le vieillard Syméon lui annoncer que cet Enfant serait un « signe de division » et qu'une « épée » devait aussi transpercer le cœur de sa mère (cf. Lc 2, 34-35). Le drame de son Fils crucifié était ainsi annoncé à l'avance, et d'une certaine manière était préfiguré le « stabat Mater » de la Vierge au pied de la Croix. Se préparant jour après jour au Calvaire, Marie vit une sorte « d'Eucharistie anticipée », à savoir une « communion spirituelle » de désir et d'offrande, dont l'accomplissement se réalisera par l'union avec son Fils au moment de la passion et qui s'exprimera ensuite, dans le temps après Pâques, par sa participation à la Célébration eucharistique, présidée par les Apôtres, en tant que « mémorial » de la passion.
Comment imaginer les sentiments de Marie, tandis qu'elle écoutait, de la bouche de Pierre, de Jean, de Jacques et des autres Apôtres, les paroles de la dernière Cène: « Ceci est mon corps, donné pour vous » (Lc 22, 19)? Ce corps offert en sacrifice, et représenté sous les signes sacramentels, était le même que celui qu'elle avait conçu en son sein! Recevoir l'Eucharistie devait être pour Marie comme si elle accueillait de nouveau en son sein ce cœur qui avait battu à l'unisson du sien et comme si elle revivait ce dont elle avait personnellement fait l'expérience au pied de la Croix.