Spiritualité Année Sacerdotale

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2 janvier 2010 : Le sacerdoce, une vie de pauvreté en imitant le Christ

Le sacerdoce, par l’imitation du Christ, est ancré dans ce que l’on appelle « les conseils évangéliques » que sont la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Contrairement à la cupidité, au profit et à la possession, la pratique de ces conseils évangéliques permet de repousser les obstacles empêchant de devenir un alter Christus. Car le prêtre consacre sa vie à l’amour de Dieu en choisissant l’amour du prochain plutôt que l’amour des biens de ce monde.

Lorsqu’un prêtre se détache des biens matériels en menant une vie simple, il obéit aux paroles de Notre-Seigneur « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt. 10,8). En s’appropriant les joies et les peines du sacerdoce, il ne cherche pas de récompense en termes d’argent ou de possession mais bien plutôt sous la forme d’enrichissement des âmes de ceux dont il a la charge. La présentation des âmes à la fin de la vie au Père qui est dans les Cieux est le fruit de ses années de labeur – la gloire de Dieu.

Le sacerdoce de saint Jean-Marie Vianney est un exemple de ce don. Le seul souci du Curé d’Ars, si désintéressé, était les âmes de chaque personne, riche ou pauvre, qu’il rencontrait que ce soit au confessionnal ou dans la rue à Ars. Son sacerdoce n’était que la réalisation de son rôle de berger n’hésitant pas à soigner ses brebis.

Dès son ordination, on avait pu remarquer son amour pour une vie simple. Lors de sa première affectation pastorale, son curé et lui s’incitaient mutuellement à suivre des pratiques ascétiques. Bien que prêtre diocésain, le Curé d’Ars était membre du Tiers Ordre de saint François et suivait les traces du saint fondateur des franciscains, modèle qui résumait à lui seul la pauvreté sacerdotale.

Sa pauvreté dans le sacerdoce tenait à son besoin de ne rien posséder sinon Dieu en sachant que la Sainte Trinité veillerait à tous ses besoins en suivant la providence. Il considérait l’argent qu’il pouvait avoir entre les mains comme la propriété du Christ et de Son Église. C’est ainsi que les pauvres n’avaient jamais les mains vides, tant qu’il avait un sou à leur donner.

Même à sa mort, attendu qu’il ne possédait rien, il légua son corps à la terre d’où celui-ci venait et son âme à Dieu, son créateur. Il considérait son âme, dont le salut était son trésor le plus cher, comme la propriété de Dieu.

Selon ses propres termes, la pauvreté du Curé d’Ars consistait à : « Tout donner et ne rien garder » lui qui vivait comme un pauvre prêtre d’une paroisse misérable. S’il avait vécu un siècle plus tard, le saint curé n’aurait pas eu de voiture luxueuse, n’aurait pas fréquenté les bons restaurants ni les terrains de golf et n’aurait pas aspiré à de nombreuses vacances. Dans son presbytère, aucun alcool, ni télévision, ni équipement stéréo n’auraient été trouvés sur ses étagères. Dans l’exercice de ses fonctions, il ne tenait aucun compte des honneurs, des titres, des informations de la presse ou des louanges de ses paroissiens. Pour lui, la réponse c’était : « Le Christ aurait-il possédé ou recherché de telles choses ? »

Ce n’est pas parce que saint Jean-Marie Vianney conduisait les autres vers Dieu qu’il abusait de son autorité car il accomplissait son travail pastoral avec un amour véritable. Il n’était pas lui-même au centre de ses préoccupations, son troupeau était bien son souci primordial. Il ne parlait pas de lui, et n'avait aucun respect humain ; le Christ était au cœur de tout ce qu’il faisait. A la fin de sa vie, il n’était pas question, pour le saint patron des prêtres de paroisse, de prendre sa retraite après une vie de prière et d’activité pastorale. Plutôt que de se retirer, pendant ses dernières années, pour faire pénitence dans un monastère comme il l’aurait désiré, il poursuivit avec ténacité ses activités pastorales jusqu’à ce que son corps rende l’esprit.

Aujourd’hui, on a tendance à penser qu’eu égard à tout ce à quoi le prêtre a renoncé (une femme, une famille, une brillante carrière), il mérite bien une compensation faite de biens de ce monde, de titres et de louanges. Posséder de telles choses serait usurper ce qui appartient au Christ.

Par sa vie faite de simplicité, le prêtre arrache le peuple au monde parce que sa vie n’est pas faite de mondanités. Il s’en tient plutôt aux paroles de Notre-Seigneur : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas » (Jn 4,32). C’est bien sa propre sainteté et la conduite des âmes à Dieu qui sont sa propre nourriture. Il vit, et pourrait même mourir, pour les âmes. Le souci du salut des âmes se substitue, pour lui, au matérialisme et la pauvreté choisie fait que les distractions ne lui manquent pas. La richesse du nombre incalculable d’âmes dont il avait la charge et sur lesquelles il rayonnait à l’exemple du Christ, remplaçait la pauvreté matérielle de saint Jean-Marie Vianney. Il n’y avait pas, en ce qui le concerne, de plus grande richesse ou de plus grand honneur que de posséder Dieu pour toute l’éternité.

S’il restait assis des heures dans le confessionnal glacé, ce sont ses pénitents retrouvant l’amour de Dieu qui le réchauffaient. S’alimentant peu, c’est le Roi du Ciel qui le nourrissait ; dormant peu, c’est son amour pour les âmes qui lui permettait de conjurer la fatigue. Oui, c’était un prêtre riche.

Abbé Eric Flood
Supérieur du District Nord-Américain de la FSSP

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