Spiritualité Année du Rosaire

L'anné allant d'octobre 2002 à octobre 2003 ayant été déclarée "Année du Rosaire" par le Pape Jean-Paul II (cf. Lettre Apostolique "Rosarium Virginis Mariæ" du 16 octobre 2002), nous vous proposons régulièrement un texte consacré à cette « prière aimée de nombreux saints et encouragée par le Magistère ».

Septembre - Octobre 2003

Rosaire et contemplation

Juillet - Août 2003

Léon XIII et le Rosaire

Mai - Juin 2003

Encyclique du Pape Pie XII : Ingruentium Malorum

Mars - Avril 2003

La bataille de Lépante et le Saint Rosaire

Janvier - Fevrier 2003

L'Ave Maria

Novembre - Decembre 2002

L'histoire du Rosaire

Septembre - Octobre 2003 : Rosaire et contemplation

Marie modèle de contemplation
10. La contemplation du Christ trouve en Marie son modèle indépassable. Le visage du Fils lui appartient à un titre spécial. C'est dans son sein qu'il s'est formé, prenant aussi d'elle une ressemblance humaine qui évoque une intimité spirituelle assurément encore plus grande. Personne ne s'est adonné à la contemplation du visage du Christ avec autant d'assiduité que Marie. Déjà à l'Annonciation, lorsqu'elle conçoit du Saint-Esprit, les yeux de son cœur se concentrent en quelque sorte sur Lui; au cours des mois qui suivent, elle commence à ressentir sa présence et à en pressentir la physionomie. Lorsque enfin elle lui donne naissance à Bethléem, ses yeux de chair se portent aussi tendrement sur le visage de son Fils tandis qu'elle l'enveloppe de langes et le couche dans une crèche (cf. Lc 2, 7).
À partir de ce moment-là, son regard, toujours riche d'un étonnement d'adoration, ne se détachera plus de Lui. Ce sera parfois un regard interrogatif, comme dans l'épisode de sa perte au temple: « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? » (Lc 2, 48); ce sera dans tous les cas un regard pénétrant, capable de lire dans l'intimité de Jésus, jusqu'à en percevoir les sentiments cachés et à en deviner les choix, comme à Cana (cf.Jn 2, 5); en d'autres occasions, ce sera un regard douloureux, surtout au pied de la croix, où il s'agira encore, d'une certaine manière, du regard d'une "femme qui accouche", puisque Marie ne se limitera pas à partager la passion et la mort du Fils unique, mais qu'elle accueillera dans le disciple bien-aimé un nouveau fils qui lui sera confié (cf. Jn 19, 26-27); au matin de Pâques, ce sera un regard radieux en raison de la joie de la résurrection et, enfin, un regard ardent lié à l'effusion de l'Esprit au jour de la Pentecôte (cf.Ac 1, 14).

Les souvenirs de Marie
11. Marie vit en gardant les yeux fixés sur le Christ, et chacune de ses paroles devient pour elle un trésor: « Elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19; cf. 2, 51). Les souvenirs de Jésus, imprimés dans son esprit, l'ont accompagnée en toute circonstance, l'amenant à parcourir à nouveau, en pensée, les différents moments de sa vie aux côtés de son Fils. Ce sont ces souvenirs qui, en un sens, ont constitué le “rosaire” qu'elle a constamment récité au long des jours de sa vie terrestre.
Et maintenant encore, parmi les chants de joie de la Jérusalem céleste, les motifs de son action de grâce et de sa louange demeurent inchangés. Ce sont eux qui inspirent son attention maternelle envers l'Église en pèlerinage, dans laquelle elle continue à développer la trame de son “récit” d'évangélisatrice. Marie propose sans cesse aux croyants les “mystères” de son Fils, avec le désir qu'ils soient contemplés, afin qu'ils puissent libérer toute leur force salvifique. Lorsqu'elle récite le Rosaire, la ommunauté chrétienne se met en syntonie avec le souvenir et avec le regard de Marie.

Le Rosaire, prière contemplative
12. C'est précisément à partir de l'expérience de Marie que le Rosaire est une prière nettement contemplative. Privé de cette dimension, il en serait dénaturé, comme le soulignait Paul VI: « Sans la contemplation, le Rosaire est un corps sans âme, et sa récitation court le danger de devenir une répétition mécanique de formules et d'agir à l'encontre de l'avertissement de Jésus: “Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens; ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup, ils se feront mieux écouter” (Mt 6, 7). Par nature, la récitation du Rosaire exige que le rythme soit calme et que l'on prenne son temps, afin que la personne qui s'y livre puisse mieux méditer les mystères de la vie du Seigneur, vus à travers le cœur de Celle qui fut la plus proche du Seigneur, et qu'ainsi s'en dégagent les insondables richesses ».
(Jean-Paul II in "Rosarium Virginis Mariæ" du 16 octobre 2002)

Juillet - Août 2003 : Léon XIII et le Rosaire

Le pape Léon XIII est connu pour son développement de la doctrine sociale de l’Eglise mais peu de personnes se souviennent encore qu’il fut appelé autrefois le pape du Rosaire. Dans une époque « où tous les maux s’accumulaient pour opprimer l’Eglise sous leur poids »  Léon XIII conçoit le projet de recourir à l’instrument qui de par le passé a déjà fait ses preuves. Il décide de recommander à nouveau le Rosaire de saint Dominique et de saint Pie V.

C’est pourquoi dans son encyclique du 1er septembre 1883 « il décrète et ordonne que dans tout le monde catholique la fête prochaine de Notre Dame du Rosaire sera célébrée avec une piété toute spéciale et avec toutes les solennités du culte : du 1er octobre au 2 novembre suivant on récitera pieusement  cinq dizaines au moins du Rosaire, suivies des Litanies de Lorette, dans toutes les églises paroissiales ».  Dans un bref du 24 décembre 1883, le Saint Père exprime sa joie que le peuple catholique eût partout si bien obéi à ses ordres. Il demandait de persévérer dans cette pratique. Le 30 août 1884 il renouvelait pour le mois d’octobre les prescriptions de l’année précédente. « Puisque l’acharnement des ennemis du christianisme est si grand, la constance et l’énergie des défenseurs ne doivent pas être moins vives… » Et le 20 août 1885 un décret de la Sacré Congrégation des Rites ordonna de continuer ainsi chaque année « tant que durera ce triste état de choses pour l’Eglise et pour les affaires publiques. » Lors de l’indiction du jubilé extraordinaire de 1886 le pape décide de placer ce jubilé sous le patronage de Notre Dame du Rosaire. L’année jubilaire n’était pas achevée, et les exercices du mois du Rosaire se poursuivaient encore, que le pape écrit le 26 octobre 1886 au cardinal Parocchi, son vicaire pour la ville de Rome, afin qu’il fasse poursuivre la récitation quotidienne du Rosaire dans les paroisses de Rome.

Le 15 août 1889, dans une encyclique cette fois, le pape inculquait de nouveau, contre la puissance de Satan, le recours aux pouvoirs célestes par des prières incessantes. Et après avoir admirablement mis en valeur les titres de Saint Joseph au patronage de l’Eglise universelle, il demandait de le prier en même temps que Marie, durant le mois d’octobre. Et c’est pourquoi chaque jour de ce mois une prière à saint Joseph, composée par Léon XIII est récitée après le Rosaire devant le Saint Sacrement.

En somme depuis le 1er septembre 1883 où le pape avait établi par les faits l’efficacité merveilleuse de cette prière qu’est le Rosaire, il se contentera, sept fois de suite de recommander avec insistance sa récitation. Le 22 septembre 1891 il change de méthode et hausse le ton. Dans une encyclique il considère le Rosaire en lui-même. Magistralement il analyse cette dévotion à Marie et révèle le secret de sa valeur incomparable. Il montre comment Marie est médiatrice dans l’ordre du salut. Il faut donc lui adresser nos prières avec confiance et entre toutes les méthodes de la prier, le Rosaire est préférable. C’est un si merveilleux composé de méditations et de prières vocales qu’on ne peut rien imaginer de plus agréable à la Vierge et de plus salutaire à nos âmes.

Plusieurs années de suite, à l’approche du mois d’octobre continueront de paraître de grandes encycliques sur le Rosaire. Celle du 7 septembre 1892 poursuivait dans une première partie l’enseignement de la précédente, mais ensuite cette encyclique développait l’idée du Rosaire comme remède à la corruption du monde, parce qu’il est un moyen facile de faire pénétrer dans les esprits les dogmes principaux de la foi chrétienne.

Toutes ses encycliques sur le Rosaire développeront cette ligne directrice, seule celle de 1895 part sur un autre aspect du Rosaire, celui du moyen de réaliser l’union des âmes.

Léon XIII écrivit sa dernière encyclique sur le Rosaire en 1898, encyclique dans laquelle il annonça qu’il allait couronner son œuvre par un suprême document en publiant une constitution relative aux droits et privilèges dont jouissent les confréries du Rosaire. Cette constitution apostolique du 2 octobre 1898 fut suivie le 30 août 1899 du catalogue officiel des indulgences du Rosaire. Son œuvre mariale achevée Léon XIII rendit son âme à Dieu le 20 juillet 1903.

Mai - Juin 2003 : Extrait de la lettre encyclique du Pape Pie XII Ingruentium Malorum sur la récitation du Rosaire

12. Mais c'est surtout au sein des familles que nous désirons que la pratique du rosaire soit répandue, religieusement conservée, et sans cesse développée. C'est en vain qu'on s'efforce d'enrayer le déclin de la civilisation si on ne ramène pas à la loi de l'Evangile la famille, principe et fondement de la société.

13. Nous tenons à le déclarer : la récitation du rosaire en famille est un moyen des plus efficaces pour réaliser une entreprise si difficile. Quel spectacle suave et très agréable à Dieu quand, à la tombée de la nuit, le foyer chrétien résonne des louanges en l'honneur de la Reine auguste du ciel ! Alors la récitation du rosaire rassemble devant l'image de la Sainte Vierge, dans une admirable union des cœurs, les parents et les enfants, qui reviennent du travail de la journée ; cette prière les unit aux absents et aux défunts : elle les attache, enfin, plus étroitement à Notre-Dame, qui, en Mère très aimante, viendra au milieu de la couronne de ses enfants, répandant avec abondance dans le foyer les dons de l'union et de la paix.

14. Semblable à la famille de Nazareth, le foyer chrétien deviendra alors une demeure terrestre de sainteté et comme un temple, où le rosaire, non seulement sera une forme particulière de prière montant chaque jour vers le ciel avec un parfum de suavité, mais constituera encore une école des plus efficaces de vertu et de vie chrétienne. En effet, la méditation des mystères de la Rédemption enseignera aux grands à vivre en imitant chaque jour les splendides exemples de Jésus et de Marie, à puiser en eux le réconfort dans l'adversité et à tendre vers les trésors célestes « où les voleurs n'ont pas d'accès et où les mites ne rongent point » (Luc, XII, 33). Aux enfants, la récitation méditée du rosaire apprendra les principales vérités de la foi ; l'amour du très aimable Sauveur s'épanouira presque spontanément dans leurs âmes innocentes, tandis que l'exemple de leurs parents agenouillés avec respect devant la majesté de Dieu leur inculquera, dès leurs plus tendres années, l'éminente valeur de la prière récitée en commun.

15. Nous n'hésitons donc pas à le répéter : nous mettons une grande espérance dans le rosaire pour la guérison des maux qui affligent notre époque. Ce n'est pas avec la force, ni avec les armes, ni avec la puissance humaine, mais avec l'aide divine obtenue par cette prière que l'Eglise, forte comme David avec sa fronde, pourra affronter, intrépide, l'ennemi infernal, en lui adressant les paroles du jeune berger : « Tu viens contre moi avec l'épée, la lance et le javelot, mais moi je vais contre toi au nom du Dieu des armées... et toute cette multitude saura que ce n'est ni par l'épée, ni par la lance que Dieu sauve » (Rois, XVII, 44,49).

Mars - Avril 2003 : La bataille de Lépante et le développement de la dévotion au Saint Rosaire

Le XVIème siècle est marqué par l’expansion de l’Empire Ottoman. En effet les Turcs, après avoir occupé presque tout le bassin de la Méditerannée, l’Afrique du Nord, le Moyen Orient, la péninsule balkanique, menacent l’Europe occidentale. Ils s’emparent de Belgrade en 1521, enlèvent Rhodes l’année suivante, puis envahissent la Hongrie et mettent le siège devant Vienne en 1529. Après avoir été repoussés de justesse et avoir échoué devant Malte, ils se rabattent sur Chypre, colonie vénitienne.

Face à la menace turque, l’Europe a du mal à s’unir. La France entretient même des relations amicales avec Constantinople. Dans ce contexte peu favorable, le pape St Pie V s’efforce avec patience et tenacité de coaliser les différents royaumes européens contre les Turcs. Finalement, il réussit à établir une alliance avec l’Espagne, Venise et Malte. En mai 1571, St Pie V proclame solennellement en la Basilique Saint-Pierre la constitution de la Sainte-Ligue. Une flotte imposante est réunie, qui est confiée à don Juan d’Autriche, frère de Philippe II d’Espagne. Afin d’implorer la protection céleste sur la flotte, St Pie V ordonne un jubilé solennel, un jeûne et la prière publique du Rosaire.

La bataille décisive a lieu le 7 octobre 1571, dans le golfe de Lépante, à la sortie du détroit de Corinthe. Elle met aux prises 213 galères espagnoles et vénitiennes et quelques 300 vaisseaux turcs. Cent mille hommes environ combattent dans chaque camp. La flotte chrétienne remporte une victoire complète, grâce à de l’artillerie lourde embarquée. Presque toutes les galères ennemies sont prises ou coulées. L’amiral turc Ali Pacha est fait prisonnier et décapité. Quinze mille captifs chrétiens sont libérés. A peine un tiers de la flotte turque peut s’échapper, brisant ainsi la légende de l’invincibilité de la flotte musulmane.

Le soir de la bataille, le pape St Pie V va brusquement de son bureau à la fenêtre, où il semble contempler un spectacle. Puis il se retourne et dit aux prélats qui l’entourent : « Allons rendre grâce à Dieu : notre armée est victorieuse ». C’était le 7 octobre un peu avant 5 heures du soir, à l’heure où don Juan, victorieux, s’agenouillait sur le pont de son navire pour remercier Dieu de sa protection. La nouvelle de la victoire ne devait parvenir à Rome que 19 jours plus tard, le 26 octobre, confirmant ainsi la révélation faite au souverain pontife.

En commémoration de la bataille de Lépante, Pie V ajouta aux Litanies de la très Sainte Vierge, une invocation supplémentaire : « Secours des chrétiens, priez pour nous », et il ordonna l’institution de la fête de Notre-Dame des Victoires que Grégoire XIII fera ensuite célébrer, sous le nom de fête du Rosaire, chaque premier dimanche d’octobre dans toutes les églises.

Au sein du peuple catholique la victoire de Lépante contribua ainsi au rapide essor de la dévotion du Rosaire et suscita la fondation d’un grand nombre de confréries. Elle est une date importante de l’histoire du culte marial.

Janvier - Février 2003 : L'Ave Maria

Ssi quelqu’un nous demandait : « Quelle est la prière qui nous vient de Dieu ? » Nous répondrions probablement : le Pater Noster. Ce serait oublier que l’Ave Maria est tout autant une prière divine. Le Pater Noster fut reçu directement des lèvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tandis que l’Ave Maria fut reçu pour une partie de l’Archange Gabriel lors l’Annonciation, et pour l’autre de sainte Elisabeth qui bénit la Sainte Vierge sous l’inspiration du Saint-Esprit.

Les paroles de l’ange commencent ainsi : « Salut, comblée de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes ». Et sainte Elisabeth poursuit : « Vous êtes bénie entre les femmes et béni le fruit de vos entrailles » ! Puis elle continue : « Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » Quand on compare ces salutations avec notre prière, nous remarquons que les saints noms de Jésus et Marie ont été rajoutés ; que la bénédiction Vous êtes bénie entre les femmes est (sur l’inspiration de Dieu) reprise dans les paroles de sainte Elisabeth ; que les mots Mère de mon Seigneur deviennent dans l’Ave Maria Mère de Dieu (Rappelons-nous que le nom Seigneur se rapporte toujours à Dieu dans la Sainte Bible).

Comme saint Louis-Marie de Montfort l’observe dans Le Secret du Rosaire, l’Ave Maria est une prière formulée par Dieu qui annonce l’Incarnation et donne ainsi une gloire infinie à la Très Sainte Trinité, à Notre-Seigneur, et à la Bienheureuse Vierge Marie.

Regardons à présent brièvement trois éléments de cette prière : les invocations (Je vous salue Marie, et Mère de Dieu), la grâce possédée par Notre-Dame, et la requête finale.

D’abord l’invocation : « Je vous salue, Marie ». Saint Louis-Marie raconte une vision de sainte Mechtilde dans laquelle Notre-Dame dit : « Ma fille, je veux que tu saches que personne ne peut me plaire davantage qu’en priant la salutation que la très-adorable Trinité m’envoya et par laquelle il m’éleva à la dignité de Mère de Dieu. Par le mot ‘Ave’ (qui est le nom Eve, Eva) j’appris que dans Son pouvoir infini, Dieu me préservait de tous les péchés et de toutes les misères conséquentes, auxquelles la première femme fut soumise. Le nom ‘Marie’, qui signifie ‘Femme de Lumière’, montrait que Dieu me remplissait de Sagesse et de Lumière pour illuminer le Ciel et la Terre… »

Déjà contenu dans l’adresse de sainte Elisabeth, le titre ‘Mère de Dieu’ fut proclamé dogmatiquement au Concile d’Ephèse en 431. Ce Concile condamnait l’hérésie de Nestorius Patriarche de Constantinople, qui déclarait que les deux natures de Christ (la divine et l’humaine) appartenaient à deux personnes, une personne divine et une personne humaine unies dans le Christ. La Bienheureuse Vierge Marie n’était que la Mère de la personne humaine. La vérité définie est que les deux natures du Christ (la divine et l’humaine) appartiennent à une seule personne : le Christ, Fils de Dieu, et deuxième personne de la Sainte Trinité. La Sainte Vierge étant la Mère de cette personne Divine, elle est véritablement la Mère de Dieu.

Voyons ensuite un mot sur la plénitude de la grâce que possède la Bienheureuse Vierge Marie. Cette plénitude de grâce découle du fait qu’elle est la Mère de Dieu. Elle est pleine de grâce parce que le Seigneur est avec elle, elle est bénie entre les femmes parce que le fruit de ses entrailles est béni. Saint Thomas d’Aquin explique qu’elle possède la plénitude de la grâce parce qu’elle est la plus proche de la source de la grâce : le Christ. Cette plénitude de grâce excède ainsi le degré de grâce des anges et des saints les plus hauts, de sorte que la Bienheureuse Vierge Marie peut bien être comparée à une étoile lumineuse qui éclaire le Ciel et la terre.

Concluons avec l’interprétation de saint Louis-Marie Grignon de Montfort sur la requête de la fin de la prière : « Priez pour nous maintenant dans cette vie si courte et si chargée de douleurs et d’incertitudes, priez pour nous maintenant – maintenant parce que nous ne pouvons être surs de rien hormis le moment présent. Priez pour nous maintenant que nous sommes assaillis nuit et jour par des ennemis puissants et cruels. Priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort : heure si terrible et si pleine de danger, quand nos forces déclinent et nos esprits défaillent et quand nos âmes et nos corps sont épuisés par la fièvre et les peines. Priez pour nous à l’heure de notre mort quand le diable œuvre puissamment pour nous réduire en esclavage et nous jeter dans la perdition. Priez pour nous au tournant décisif de notre vie quand le sort sera jeté pour toujours, lorsque notre destin éternel sera déterminé pour le Ciel ou pour l’Enfer… Intercédez pour nous auprès de Votre Fils et priez-Le de nous pardonner et nous admettre dans les rangs des bienheureux, vos élus, dans le royaume de l’éternelle gloire. Amen. » 

Novembre - décembre 2002 : L'histoire du rosaire

I. La naissance du rosaire : du psautier à l'Ave Maria

Avant tout, pour comprendre comment est née la pratique du rosaire, il faut tourner ses regards vers une autre forme de piété, plus ancienne encore  : la récitation des psaumes. Dans les débuts du christianisme, en effet, le psautier joue un rôle de toute première importance dans la formation de la prière, tant collective que privée.
Composé de 150 psaumes, le psautier est divisé - vraisemblablement par Origène (+254) - en trois parties égales de 50 psaumes chacune, en référence à la Sainte Trinité selon l'avis, au siècle suivant, de saint Hilaire de Poitiers (+367). Cette distribution par cinquantaine, même si elle n'est pas employée pour la récitation de l'office divin, subsiste par la suite de diverses manières. Ainsi, dans les ordres religieux, à la mort d'un frère, les prêtres offrent le Sacrifice de la Messe, tandis que les frères non-prêtres (ou frères lais) récitent 50 psaumes à l'intention du défunt.
150 psaumes, trois fois cinquante : telle est l'origine lointaine du rosaire aux 150 Ave Maria et du chapelet aux cinq dizaines.

Le passage de la récitation des psaumes à la répétition d'une même prière va s'effectuer ensuite en raison des frères lais qui, dépourvus d'instruction, ont besoin de formes de prières plus simples que les psaumes. Il leur est alors proposé la récitation du même verset 2606 fois (le nombre total de versets dans les 150 psaumes), la récitation du même psaume 150 fois, ou encore la substitution d'un Pater à chacun des psaumes.
Au XIIème et XIIIème siècle, le développement de la piété mariale va de pair avec celui de l'Ave Maria, considéré désormais comme l'une des prières communes à savoir par cœur ; à l'époque, l'Ave est composé des deux salutations de l'Ange Gabriel et de sainte Élisabeth, l'addition du Nom de Jésus étant attribuée au Pape Urbain IV vers 1263.

Grâce à l'influence des Cisterciens qui l'ont rendu populaire, l'Ave Maria devient une invocation répétitive qui s'ajoute ou même se substitue au Pater. Par analogie avec le psautier, s'instaure alors la coutume de réciter les Ave Maria par groupe de 50 et, pour éviter le danger d'une récitation purement mécanique, la prière est enrichie d'antiennes mariales à la façon des antiennes psalmiques.
C'est le psautier de Notre-Dame, dont chaque cinquantaine prend le nom de « chapelet » (de chapel : le chapeau) en référence aux couronnes de fleurs offertes aux images de la Sainte Vierge.


II. Les mystères de la vie du Sauveur :

La charpente matérielle du rosaire est ainsi constituée et c'est sur elle que va s'établir la méditation de l'œuvre salvifique du Christ.
La vie de Jésus était bien sûr un motif de contemplation avant même l'institution du rosaire : déjà au IIIème siècle, Tertullien et saint Cyprien associaient les heures de l'office au souvenir des épisodes de la Passion. Au Moyen-Age, cette pratique s'étend et se veut plus exhaustive encore. Les Sermons sur le Cantique des Cantiques sont pour saint Bernard de Clairvaux (+1153) l'occasion d'une méditation sur la vie de Jésus, de l'Annonciation à l'Apparition du Sauveur ressuscité à sainte Madeleine. Mais c'est saint ældred de Rielvaux (+1167) qui, le premier, réalise dans la Vie de recluse une méditation systématiquement conduite, préfigurant ainsi la méthode du chartreux Rudolph de Saxe et celle de saint Ignace de Loyola.  
Dans ce contexte, l'Ave Maria - qui se clôt à l'époque sur la louange du fruit béni des entrailles de Marie, Jésus-Christ - se prête tout à fait à une méditation des mystères de la vie du Fils de Dieu, fait homme et né de la Vierge.

D'après l'état actuel de nos connaissances, c'est vers 1300 que pour la première fois sont réunies de façon méthodique, une série d'Ave Maria et une méditation des bienfaits de l'Incarnation. Cela a lieu au monastère des cisterciennes de Saint-Thomas sur Kyll, dans la région de Trèves ; cent fois de suite, la prière mariale est suivie d'une phrase invitant à la contemplation de l'œuvre rédemptrice de Jésus : « je vous salue Marie, [...] et Jésus le fruit de vos entrailles est béni,...parce qu'Il nous a créés à son image et à sa ressemblance,... parce qu'Il vous a choisie de toute éternité pour être sa chère Mère... »

Un siècle plus tard, dans son autobiographie, Dominique de Prusse (+1460), de la Chartreuse de Saint-Alban de Trèves, affirme avoir été le premier à ajouter les points de méditation au rosaire de la bienheureuse Vierge Marie. C'est lui, du moins, qui a l'idée de lier systématiquement la récitation du chapelet et la contemplation de la vie du Christ, en divisant celle-ci en 50 épisodes puis en rédigeant pour chacun un court texte destiné à suivre l'Ave Maria. Il étend ensuite ce procédé à tout le psautier marial et compose trois séries de 50 phrases sur l'enfance, la vie publique et la passion du Seigneur. Le double principe du « rosaire », à la fois marial et christocentrique, est dès lors posé.


III. derniers développements

Au XIVème siècle et durant les siècles suivants, le rosaire connaît encore différentes additions et modifications, qui touchent plus à la forme qu'au principe même de cette prière.
Est attribuée, ainsi, à un chartreux de Cologne - Henri Egher de Kalkar (+1408) - la division du chapelet en dizaines, séparées chacune par la récitation d'un Pater.

A la fin du XVème siècle, apparaissent les « confréries du rosaire » dont la première voit le jour, à Cologne, en 1475. Celles-ci vont être pour les dominicains le moyen d'étendre la pratique du rosaire à toute la chrétienté.
A la même époque, le nombre de méditations sur la vie du Christ ou - « mystères » - est réduit à quinze, répartis en mystères joyeux, douloureux et glorieux.

Sous l'influence de la piété populaire, le texte de l'Ave Maria est augmenté et se transforme en prière de supplication. C'est au temps de saint Pierre Canisius (1521-1597) que l'invocation « Sainte Marie, priez pour nous, pécheurs » se répand de plus en plus. Ailleurs, on trouve d'autres ajouts : « maintenant et à l'heure de notre mort » (XVème siècle). L'Ave Maria prend ainsi sa tournure définitive, confirmée  par saint Pie V dans l'édition du bréviaire en 1568.
Dans ses méthodes missionnaires, saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716) fait aussi précéder la récitation des quinze dizaines d'un Credo, d'un Pater et de trois Ave.

Lors de l'apparition à Fatima, le 13 juillet 1917, la Sainte Vierge demande de dire après chaque mystère : « O mon Jésus, pardonnez-nous, préservez-nous du feu de l'enfer ; emmenez au Paradis toutes les âmes, surtout celles qui en ont le  plus besoin ».

Enfin, à l'occasion de l'année mariale octobre 2002-octobre 2003, le Saint-Père propose aux fidèles d'ajouter aux trois séries de mystères - joyeux, douloureux et glorieux - une quatrième tout particulièrement centrée sur la Vie publique de Jésus - les mystères lumineux :  
1. Le Baptême du Seigneur
2. Le miracle des noces de Cana
3. La prédication du Royaume de Dieu
4. La Transfiguration
5. L'institution de la très Sainte Eucharistie.