Spiritualité Année du Rosaire
L'anné allant
d'octobre 2002 à octobre 2003 ayant été
déclarée "Année du Rosaire" par le Pape Jean-Paul
II (cf. Lettre Apostolique "Rosarium
Virginis Mariæ" du 16
octobre 2002),
nous vous proposons régulièrement un texte consacré à cette « prière aimée de nombreux saints et encouragée par le Magistère ».
Septembre
- Octobre 2003 : Rosaire et contemplation
Marie modèle de contemplation
10.
La contemplation du Christ trouve en Marie son modèle indépassable.
Le visage du Fils lui appartient à un titre spécial. C'est dans
son sein qu'il s'est formé, prenant aussi d'elle une ressemblance
humaine qui évoque une intimité spirituelle assurément encore plus
grande. Personne ne s'est adonné à la contemplation du visage du
Christ avec autant d'assiduité que Marie. Déjà à l'Annonciation,
lorsqu'elle conçoit du Saint-Esprit, les yeux de son cœur se concentrent
en quelque sorte sur Lui; au cours des mois qui suivent, elle commence
à ressentir sa présence et à en pressentir la physionomie. Lorsque
enfin elle lui donne naissance à Bethléem, ses yeux de chair se
portent aussi tendrement sur le visage de son Fils tandis qu'elle
l'enveloppe de langes et le couche dans une crèche (cf. Lc 2, 7). À
partir de ce moment-là, son regard, toujours riche d'un étonnement
d'adoration, ne se détachera plus de Lui. Ce sera parfois un regard
interrogatif, comme dans l'épisode de sa perte au temple: « Mon
enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? » (Lc 2, 48); ce sera dans
tous les cas un regard pénétrant, capable de lire dans l'intimité
de Jésus, jusqu'à en percevoir les sentiments cachés et à en deviner
les choix, comme à Cana (cf.Jn 2, 5); en d'autres occasions, ce
sera un regard douloureux, surtout au pied de la croix, où il s'agira
encore, d'une certaine manière, du regard d'une "femme qui
accouche", puisque Marie ne se limitera pas à partager la passion
et la mort du Fils unique, mais qu'elle accueillera dans le disciple
bien-aimé un nouveau fils qui lui sera confié (cf. Jn 19, 26-27);
au matin de Pâques, ce sera un regard radieux en raison de la joie
de la résurrection et, enfin, un regard ardent lié à l'effusion
de l'Esprit au jour de la Pentecôte (cf.Ac 1, 14).
Les souvenirs de Marie 11. Marie vit en gardant les
yeux fixés sur le Christ, et chacune de ses paroles devient pour
elle un trésor: « Elle retenait tous ces événements et les méditait
dans son cœur » (Lc 2, 19; cf. 2, 51). Les souvenirs de Jésus, imprimés
dans son esprit, l'ont accompagnée en toute circonstance, l'amenant
à parcourir à nouveau, en pensée, les différents moments de sa vie
aux côtés de son Fils. Ce sont ces souvenirs qui, en un sens, ont
constitué le “rosaire” qu'elle a constamment récité au long des
jours de sa vie terrestre. Et maintenant encore, parmi les chants
de joie de la Jérusalem céleste, les motifs de son action de grâce
et de sa louange demeurent inchangés. Ce sont eux qui inspirent
son attention maternelle envers l'Église en pèlerinage, dans laquelle
elle continue à développer la trame de son “récit” d'évangélisatrice.
Marie propose sans cesse aux croyants les “mystères” de son Fils,
avec le désir qu'ils soient contemplés, afin qu'ils puissent libérer
toute leur force salvifique. Lorsqu'elle récite le Rosaire, la ommunauté
chrétienne se met en syntonie avec le souvenir et avec le regard
de Marie.
Le Rosaire, prière contemplative 12. C'est précisément
à partir de l'expérience de Marie que le Rosaire est une prière
nettement contemplative. Privé de cette dimension, il en serait
dénaturé, comme le soulignait Paul VI: « Sans la contemplation,
le Rosaire est un corps sans âme, et sa récitation court le danger
de devenir une répétition mécanique de formules et d'agir à l'encontre
de l'avertissement de Jésus: “Quand vous priez, ne rabâchez pas
comme les païens; ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup, ils se
feront mieux écouter” (Mt 6, 7). Par nature, la récitation du Rosaire
exige que le rythme soit calme et que l'on prenne son temps, afin
que la personne qui s'y livre puisse mieux méditer les mystères
de la vie du Seigneur, vus à travers le cœur de Celle qui fut la
plus proche du Seigneur, et qu'ainsi s'en dégagent les insondables
richesses ». (Jean-Paul II in "Rosarium
Virginis Mariæ" du 16
octobre 2002)
Juillet
- Août 2003 : Léon XIII et le Rosaire
Le
pape Léon XIII est connu pour son développement de la doctrine sociale
de l’Eglise mais peu de personnes se souviennent encore qu’il fut
appelé autrefois le pape du Rosaire. Dans une époque « où tous les
maux s’accumulaient pour opprimer l’Eglise sous leur poids » Léon
XIII conçoit le projet de recourir à l’instrument qui de par le
passé a déjà fait ses preuves. Il décide de recommander à nouveau
le Rosaire de saint Dominique et de saint Pie V.
C’est pourquoi dans son encyclique du 1er septembre 1883 « il
décrète et ordonne que dans tout le monde catholique la fête prochaine
de Notre Dame du Rosaire sera célébrée avec une piété toute spéciale
et avec toutes les solennités du culte : du 1er octobre au 2 novembre
suivant on récitera pieusement cinq dizaines au moins du Rosaire,
suivies des Litanies de Lorette, dans toutes les églises paroissiales
». Dans un bref du 24 décembre 1883, le Saint Père exprime
sa joie que le peuple catholique eût partout si bien obéi à ses
ordres. Il demandait de persévérer dans cette pratique. Le 30 août
1884 il renouvelait pour le mois d’octobre les prescriptions de
l’année précédente. « Puisque l’acharnement des ennemis du christianisme
est si grand, la constance et l’énergie des défenseurs ne doivent
pas être moins vives… » Et le 20 août 1885 un décret de la Sacré
Congrégation des Rites ordonna de continuer ainsi chaque année «
tant que durera ce triste état de choses pour l’Eglise et pour les
affaires publiques. » Lors de l’indiction du jubilé extraordinaire
de 1886 le pape décide de placer ce jubilé sous le patronage de
Notre Dame du Rosaire. L’année jubilaire n’était pas achevée, et
les exercices du mois du Rosaire se poursuivaient encore, que le
pape écrit le 26 octobre 1886 au cardinal Parocchi, son vicaire
pour la ville de Rome, afin qu’il fasse poursuivre la récitation
quotidienne du Rosaire dans les paroisses de Rome.
Le 15 août 1889, dans une encyclique cette fois, le pape inculquait
de nouveau, contre la puissance de Satan, le recours aux pouvoirs
célestes par des prières incessantes. Et après avoir admirablement
mis en valeur les titres de Saint Joseph au patronage de l’Eglise
universelle, il demandait de le prier en même temps que Marie, durant
le mois d’octobre. Et c’est pourquoi chaque jour de ce mois une
prière à saint Joseph, composée par Léon XIII est récitée après
le Rosaire devant le Saint Sacrement.
En somme depuis le 1er septembre 1883 où le pape avait établi
par les faits l’efficacité merveilleuse de cette prière qu’est le
Rosaire, il se contentera, sept fois de suite de recommander avec
insistance sa récitation. Le 22 septembre 1891 il change de méthode
et hausse le ton. Dans une encyclique il considère le Rosaire en
lui-même. Magistralement il analyse cette dévotion à Marie et révèle
le secret de sa valeur incomparable. Il montre comment Marie est
médiatrice dans l’ordre du salut. Il faut donc lui adresser nos
prières avec confiance et entre toutes les méthodes de la prier,
le Rosaire est préférable. C’est un si merveilleux composé de méditations
et de prières vocales qu’on ne peut rien imaginer de plus agréable
à la Vierge et de plus salutaire à nos âmes.
Plusieurs années de suite, à l’approche du mois d’octobre continueront
de paraître de grandes encycliques sur le Rosaire. Celle du 7 septembre
1892 poursuivait dans une première partie l’enseignement de la précédente,
mais ensuite cette encyclique développait l’idée du Rosaire comme
remède à la corruption du monde, parce qu’il est un moyen facile
de faire pénétrer dans les esprits les dogmes principaux de la foi
chrétienne.
Toutes ses encycliques sur le Rosaire développeront cette ligne
directrice, seule celle de 1895 part sur un autre aspect du Rosaire,
celui du moyen de réaliser l’union des âmes.
Léon XIII écrivit sa dernière encyclique sur le Rosaire en 1898,
encyclique dans laquelle il annonça qu’il allait couronner son œuvre
par un suprême document en publiant une constitution relative aux
droits et privilèges dont jouissent les confréries du Rosaire. Cette
constitution apostolique du 2 octobre 1898 fut suivie le 30 août
1899 du catalogue officiel des indulgences du Rosaire. Son œuvre
mariale achevée Léon XIII rendit son âme à Dieu le 20 juillet 1903.
Mai
- Juin 2003 : Extrait de la lettre encyclique du Pape Pie XII
Ingruentium Malorum sur la récitation du Rosaire
12.
Mais c'est surtout au sein des familles que nous désirons que la
pratique du rosaire soit répandue, religieusement conservée, et
sans cesse développée. C'est en vain qu'on s'efforce d'enrayer le
déclin de la civilisation si on ne ramène pas à la loi de l'Evangile
la famille, principe et fondement de la société.
13. Nous tenons à le déclarer : la récitation du rosaire
en famille est un moyen des plus efficaces pour réaliser une entreprise
si difficile. Quel spectacle suave et très agréable à Dieu quand,
à la tombée de la nuit, le foyer chrétien résonne des louanges en
l'honneur de la Reine auguste du ciel ! Alors la récitation du rosaire
rassemble devant l'image de la Sainte Vierge, dans une admirable
union des cœurs, les parents et les enfants, qui reviennent du travail
de la journée ; cette prière les unit aux absents et aux défunts :
elle les attache, enfin, plus étroitement à Notre-Dame, qui, en
Mère très aimante, viendra au milieu de la couronne de ses enfants,
répandant avec abondance dans le foyer les dons de l'union et de
la paix.
14. Semblable à la famille de Nazareth, le foyer chrétien deviendra
alors une demeure terrestre de sainteté et comme un temple, où le
rosaire, non seulement sera une forme particulière de prière montant
chaque jour vers le ciel avec un parfum de suavité, mais constituera
encore une école des plus efficaces de vertu et de vie chrétienne.
En effet, la méditation des mystères de la Rédemption enseignera
aux grands à vivre en imitant chaque jour les splendides exemples
de Jésus et de Marie, à puiser en eux le réconfort dans l'adversité
et à tendre vers les trésors célestes « où les voleurs n'ont
pas d'accès et où les mites ne rongent point » (Luc, XII, 33).
Aux enfants, la récitation méditée du rosaire apprendra les principales
vérités de la foi ; l'amour du très aimable Sauveur s'épanouira
presque spontanément dans leurs âmes innocentes, tandis que l'exemple
de leurs parents agenouillés avec respect devant la majesté de Dieu
leur inculquera, dès leurs plus tendres années, l'éminente valeur
de la prière récitée en commun.
15. Nous n'hésitons donc pas à le répéter : nous mettons
une grande espérance dans le rosaire pour la guérison des maux qui
affligent notre époque. Ce n'est pas avec la force, ni avec les
armes, ni avec la puissance humaine, mais avec l'aide divine obtenue
par cette prière que l'Eglise, forte comme David avec sa fronde,
pourra affronter, intrépide, l'ennemi infernal, en lui adressant
les paroles du jeune berger : « Tu viens contre moi avec
l'épée, la lance et le javelot, mais moi je vais contre toi au nom
du Dieu des armées... et toute cette multitude saura que ce n'est
ni par l'épée, ni par la lance que Dieu sauve » (Rois, XVII,
44,49).
Mars
- Avril 2003 : La bataille de Lépante et le développement de
la dévotion au Saint Rosaire
Le
XVIème siècle est marqué par l’expansion de l’Empire Ottoman. En
effet les Turcs, après avoir occupé presque tout le bassin de la
Méditerannée, l’Afrique du Nord, le Moyen Orient, la péninsule balkanique,
menacent l’Europe occidentale. Ils s’emparent de Belgrade en 1521,
enlèvent Rhodes l’année suivante, puis envahissent la Hongrie et
mettent le siège devant Vienne en 1529. Après avoir été repoussés
de justesse et avoir échoué devant Malte, ils se rabattent sur Chypre,
colonie vénitienne.
Face à la menace turque, l’Europe a du mal à s’unir. La France
entretient même des relations amicales avec Constantinople. Dans
ce contexte peu favorable, le pape St Pie V s’efforce avec patience
et tenacité de coaliser les différents royaumes européens contre
les Turcs. Finalement, il réussit à établir une alliance avec l’Espagne,
Venise et Malte. En mai 1571, St Pie V proclame solennellement en
la Basilique Saint-Pierre la constitution de la Sainte-Ligue. Une
flotte imposante est réunie, qui est confiée à don Juan d’Autriche,
frère de Philippe II d’Espagne. Afin d’implorer la protection céleste
sur la flotte, St Pie V ordonne un jubilé solennel, un jeûne et
la prière publique du Rosaire.
La bataille décisive a lieu le 7 octobre 1571, dans le golfe
de Lépante, à la sortie du détroit de Corinthe. Elle met aux prises
213 galères espagnoles et vénitiennes et quelques 300 vaisseaux
turcs. Cent mille hommes environ combattent dans chaque camp. La
flotte chrétienne remporte une victoire complète, grâce à de l’artillerie
lourde embarquée. Presque toutes les galères ennemies sont prises
ou coulées. L’amiral turc Ali Pacha est fait prisonnier et décapité.
Quinze mille captifs chrétiens sont libérés. A peine un tiers de
la flotte turque peut s’échapper, brisant ainsi la légende de l’invincibilité
de la flotte musulmane.
Le
soir de la bataille, le pape St Pie V va brusquement de son bureau
à la fenêtre, où il semble contempler un spectacle. Puis il se retourne
et dit aux prélats qui l’entourent : « Allons rendre grâce
à Dieu : notre armée est victorieuse ». C’était le 7 octobre
un peu avant 5 heures du soir, à l’heure où don Juan, victorieux,
s’agenouillait sur le pont de son navire pour remercier Dieu de
sa protection. La nouvelle de la victoire ne devait parvenir à Rome
que 19 jours plus tard, le 26 octobre, confirmant ainsi la révélation
faite au souverain pontife.
En commémoration de la bataille de Lépante, Pie V ajouta aux
Litanies de la très Sainte Vierge, une invocation supplémentaire :
« Secours des chrétiens, priez pour nous », et il ordonna
l’institution de la fête de Notre-Dame des Victoires que Grégoire
XIII fera ensuite célébrer, sous le nom de fête du Rosaire, chaque
premier dimanche d’octobre dans toutes les églises.
Au sein du peuple catholique la victoire de Lépante contribua
ainsi au rapide essor de la dévotion du Rosaire et suscita la fondation
d’un grand nombre de confréries. Elle est une date importante de
l’histoire du culte marial.
Janvier
- Février 2003 : L'Ave Maria
Ssi
quelqu’un nous demandait : « Quelle est la prière qui nous vient
de Dieu ? » Nous répondrions probablement : le Pater Noster. Ce
serait oublier que l’Ave Maria est tout autant une prière divine.
Le Pater Noster fut reçu directement des lèvres de Notre-Seigneur
Jésus-Christ, tandis que l’Ave Maria fut reçu pour une partie de
l’Archange Gabriel lors l’Annonciation, et pour l’autre de sainte
Elisabeth qui bénit la Sainte Vierge sous l’inspiration du Saint-Esprit.
Les paroles de l’ange commencent ainsi : « Salut, comblée
de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes ».
Et sainte Elisabeth poursuit : « Vous êtes bénie entre les femmes
et béni le fruit de vos entrailles » ! Puis elle continue :
« Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? »
Quand on compare ces salutations avec notre prière, nous remarquons
que les saints noms de Jésus et Marie ont été rajoutés ; que la
bénédiction Vous êtes bénie entre les femmes est (sur l’inspiration
de Dieu) reprise dans les paroles de sainte Elisabeth ; que les
mots Mère de mon Seigneur deviennent dans l’Ave Maria Mère de Dieu
(Rappelons-nous que le nom Seigneur se rapporte toujours à Dieu
dans la Sainte Bible).
Comme saint Louis-Marie de Montfort l’observe dans Le Secret
du Rosaire, l’Ave Maria est une prière formulée par Dieu qui annonce
l’Incarnation et donne ainsi une gloire infinie à la Très Sainte
Trinité, à Notre-Seigneur, et à la Bienheureuse Vierge Marie.
Regardons à présent brièvement trois éléments de cette prière :
les invocations (Je vous salue Marie, et Mère de Dieu), la grâce
possédée par Notre-Dame, et la requête finale.
D’abord l’invocation : « Je vous salue, Marie ». Saint Louis-Marie
raconte une vision de sainte Mechtilde dans laquelle Notre-Dame
dit : « Ma fille, je veux que tu saches que personne ne peut me
plaire davantage qu’en priant la salutation que la très-adorable
Trinité m’envoya et par laquelle il m’éleva à la dignité de Mère
de Dieu. Par le mot ‘Ave’ (qui est le nom Eve, Eva) j’appris que
dans Son pouvoir infini, Dieu me préservait de tous les péchés et
de toutes les misères conséquentes, auxquelles la première femme
fut soumise. Le nom ‘Marie’, qui signifie ‘Femme de Lumière’, montrait
que Dieu me remplissait de Sagesse et de Lumière pour illuminer
le Ciel et la Terre… »
Déjà contenu dans l’adresse de sainte Elisabeth, le titre ‘Mère
de Dieu’ fut proclamé dogmatiquement au Concile d’Ephèse en 431.
Ce Concile condamnait l’hérésie de Nestorius Patriarche de Constantinople,
qui déclarait que les deux natures de Christ (la divine et l’humaine)
appartenaient à deux personnes, une personne divine et une personne
humaine unies dans le Christ. La Bienheureuse Vierge Marie n’était
que la Mère de la personne humaine. La vérité définie est que les
deux natures du Christ (la divine et l’humaine) appartiennent à
une seule personne : le Christ, Fils de Dieu, et deuxième personne
de la Sainte Trinité. La Sainte Vierge étant la Mère de cette personne
Divine, elle est véritablement la Mère de Dieu.
Voyons ensuite un mot sur la plénitude de la grâce que possède
la Bienheureuse Vierge Marie. Cette plénitude de grâce découle du
fait qu’elle est la Mère de Dieu. Elle est pleine de grâce parce
que le Seigneur est avec elle, elle est bénie entre les femmes parce
que le fruit de ses entrailles est béni. Saint Thomas d’Aquin explique
qu’elle possède la plénitude de la grâce parce qu’elle est la plus
proche de la source de la grâce : le Christ. Cette plénitude de
grâce excède ainsi le degré de grâce des anges et des saints les
plus hauts, de sorte que la Bienheureuse Vierge Marie peut bien
être comparée à une étoile lumineuse qui éclaire le Ciel et la terre.
Concluons avec l’interprétation de saint Louis-Marie Grignon
de Montfort sur la requête de la fin de la prière : « Priez pour
nous maintenant dans cette vie si courte et si chargée de douleurs
et d’incertitudes, priez pour nous maintenant – maintenant parce
que nous ne pouvons être surs de rien hormis le moment présent.
Priez pour nous maintenant que nous sommes assaillis nuit et jour
par des ennemis puissants et cruels. Priez pour nous maintenant
et à l’heure de notre mort : heure si terrible et si pleine de danger,
quand nos forces déclinent et nos esprits défaillent et quand nos
âmes et nos corps sont épuisés par la fièvre et les peines. Priez
pour nous à l’heure de notre mort quand le diable œuvre puissamment
pour nous réduire en esclavage et nous jeter dans la perdition.
Priez pour nous au tournant décisif de notre vie quand le sort sera
jeté pour toujours, lorsque notre destin éternel sera déterminé
pour le Ciel ou pour l’Enfer… Intercédez pour nous auprès de Votre
Fils et priez-Le de nous pardonner et nous admettre dans les rangs
des bienheureux, vos élus, dans le royaume de l’éternelle gloire.
Amen. »
Novembre
- décembre 2002 : L'histoire du rosaire
I. La naissance du rosaire : du psautier à l'Ave Maria
Avant
tout, pour comprendre comment est née la pratique du rosaire, il
faut tourner ses regards vers une autre forme de piété, plus ancienne
encore : la récitation des psaumes. Dans les débuts du christianisme,
en effet, le psautier joue un rôle de toute première importance dans
la formation de la prière, tant collective que privée. Composé
de 150 psaumes, le psautier est divisé - vraisemblablement par Origène
(+254) - en trois parties égales de 50 psaumes chacune, en référence
à la Sainte Trinité selon l'avis, au siècle suivant, de saint Hilaire
de Poitiers (+367). Cette distribution par cinquantaine, même si
elle n'est pas employée pour la récitation de l'office divin, subsiste
par la suite de diverses manières. Ainsi, dans les ordres religieux,
à la mort d'un frère, les prêtres offrent le Sacrifice de la Messe,
tandis que les frères non-prêtres (ou frères lais) récitent 50 psaumes
à l'intention du défunt. 150 psaumes, trois fois cinquante :
telle est l'origine lointaine du rosaire aux 150 Ave Maria et du
chapelet aux cinq dizaines.
Le passage de la récitation des psaumes à la répétition d'une
même prière va s'effectuer ensuite en raison des frères lais qui,
dépourvus d'instruction, ont besoin de formes de prières plus simples
que les psaumes. Il leur est alors proposé la récitation du même
verset 2606 fois (le nombre total de versets dans les 150 psaumes),
la récitation du même psaume 150 fois, ou encore la substitution
d'un Pater à chacun des psaumes. Au XIIème et XIIIème siècle,
le développement de la piété mariale va de pair avec celui de l'Ave
Maria, considéré désormais comme l'une des prières communes à savoir
par cœur ; à l'époque, l'Ave est composé des deux salutations de
l'Ange Gabriel et de sainte Élisabeth, l'addition du Nom de Jésus
étant attribuée au Pape Urbain IV vers 1263.
Grâce à l'influence des Cisterciens qui l'ont rendu populaire,
l'Ave Maria devient une invocation répétitive qui s'ajoute ou même
se substitue au Pater. Par analogie avec le psautier, s'instaure
alors la coutume de réciter les Ave Maria par groupe de 50 et, pour
éviter le danger d'une récitation purement mécanique, la prière
est enrichie d'antiennes mariales à la façon des antiennes psalmiques.
C'est le psautier de Notre-Dame, dont chaque cinquantaine prend
le nom de « chapelet » (de chapel : le chapeau) en référence
aux couronnes de fleurs offertes aux images de la Sainte Vierge.
II. Les mystères de la vie du Sauveur :
La
charpente matérielle du rosaire est ainsi constituée et c'est sur
elle que va s'établir la méditation de l'œuvre salvifique du Christ.
La vie de Jésus était bien sûr un motif de contemplation avant
même l'institution du rosaire : déjà au IIIème siècle, Tertullien
et saint Cyprien associaient les heures de l'office au souvenir
des épisodes de la Passion. Au Moyen-Age, cette pratique s'étend
et se veut plus exhaustive encore. Les Sermons sur le Cantique des
Cantiques sont pour saint Bernard de Clairvaux (+1153) l'occasion
d'une méditation sur la vie de Jésus, de l'Annonciation à l'Apparition
du Sauveur ressuscité à sainte Madeleine. Mais c'est saint ældred
de Rielvaux (+1167) qui, le premier, réalise dans la Vie de recluse
une méditation systématiquement conduite, préfigurant ainsi la méthode
du chartreux Rudolph de Saxe et celle de saint Ignace de Loyola.
Dans ce contexte, l'Ave Maria - qui se clôt à l'époque
sur la louange du fruit béni des entrailles de Marie, Jésus-Christ - se prête tout à fait à une méditation des mystères de la vie du
Fils de Dieu, fait homme et né de la Vierge.
D'après l'état actuel de nos connaissances, c'est vers 1300 que
pour la première fois sont réunies de façon méthodique, une série
d'Ave Maria et une méditation des bienfaits de l'Incarnation. Cela
a lieu au monastère des cisterciennes de Saint-Thomas sur Kyll,
dans la région de Trèves ; cent fois de suite, la prière mariale
est suivie d'une phrase invitant à la contemplation de l'œuvre rédemptrice
de Jésus : « je vous salue Marie, [...] et Jésus le fruit de
vos entrailles est béni,...parce qu'Il nous a créés à son image
et à sa ressemblance,... parce qu'Il vous a choisie de toute éternité
pour être sa chère Mère... »
Un siècle plus tard, dans son autobiographie, Dominique de Prusse
(+1460), de la Chartreuse de Saint-Alban de Trèves, affirme avoir
été le premier à ajouter les points de méditation au rosaire de
la bienheureuse Vierge Marie. C'est lui, du moins, qui a l'idée
de lier systématiquement la récitation du chapelet et la contemplation
de la vie du Christ, en divisant celle-ci en 50 épisodes puis en
rédigeant pour chacun un court texte destiné à suivre l'Ave Maria.
Il étend ensuite ce procédé à tout le psautier marial et compose
trois séries de 50 phrases sur l'enfance, la vie publique et la
passion du Seigneur. Le double principe du « rosaire »,
à la fois marial et christocentrique, est dès lors posé.
III. derniers développements
Au
XIVème siècle et durant les siècles suivants, le rosaire connaît
encore différentes additions et modifications, qui touchent plus
à la forme qu'au principe même de cette prière. Est attribuée,
ainsi, à un chartreux de Cologne - Henri Egher de Kalkar (+1408) - la division du chapelet en dizaines, séparées chacune par la récitation
d'un Pater.
A la fin du XVème siècle, apparaissent les « confréries du
rosaire » dont la première voit le jour, à Cologne, en 1475.
Celles-ci vont être pour les dominicains le moyen d'étendre la pratique
du rosaire à toute la chrétienté. A la même époque, le nombre
de méditations sur la vie du Christ ou - « mystères » -
est réduit à quinze, répartis en mystères joyeux, douloureux et
glorieux.
Sous l'influence de la piété populaire, le texte de l'Ave Maria
est augmenté et se transforme en prière de supplication. C'est au
temps de saint Pierre Canisius (1521-1597) que l'invocation « Sainte
Marie, priez pour nous, pécheurs » se répand de plus en plus.
Ailleurs, on trouve d'autres ajouts : « maintenant et à l'heure
de notre mort » (XVème siècle). L'Ave Maria prend ainsi sa tournure
définitive, confirmée par saint Pie V dans l'édition du bréviaire
en 1568. Dans ses méthodes missionnaires, saint Louis-Marie Grignion
de Montfort (1673-1716) fait aussi précéder la récitation des quinze
dizaines d'un Credo, d'un Pater et de trois Ave.
Lors de l'apparition à Fatima, le 13 juillet 1917, la Sainte
Vierge demande de dire après chaque mystère : « O mon Jésus,
pardonnez-nous, préservez-nous du feu de l'enfer ; emmenez au Paradis
toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin ».
Enfin, à l'occasion de l'année mariale octobre 2002-octobre 2003,
le Saint-Père propose aux fidèles d'ajouter aux trois séries de
mystères - joyeux, douloureux et glorieux - une quatrième tout particulièrement
centrée sur la Vie publique de Jésus - les mystères lumineux : 1.
Le Baptême du Seigneur 2. Le miracle des noces de Cana 3.
La prédication du Royaume de Dieu 4. La Transfiguration 5.
L'institution de la très Sainte Eucharistie.
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